Dominer le marché avec un œil sur l’avenir

Dès son premier mois d’exploitation, en septembre 1981, la Coopérative funéraire de l’Outaouais (CFO) a traité huit décès. Au cours de première année, jusqu’à septembre 1982, elle en a traité 85, plutôt que les 40 décès budgétisés, et a conclu près d’une centaine d’arrangements préalables. « La CFO a ainsi débuté sans même utiliser la totalité des sommes mises à sa disposition », écrivait Luc Bouvier, trésorier au premier conseil d’administration élu en 1979, lors du 25e anniversaire de la coopérative (en 2004).

Ce succès initial devait se répéter d’année en année. Le nombre de membres augmentait sans cesse et dépassait le cap des 2000 dès 1982. L’achalandage croissant obligea la coopérative à ouvrir, dès 1982, un second salon funéraire au 200 de la Savane à Gatineau, s’ajoutant à celui du 11 Ste-Bernadette à Hull. L’année suivante (1983), le nombre de décès traités s’élève à 152 et la Coopérative enregistre pour la première fois un trop-perçu de 1952 $. Elle était devenue rentable après seulement trois ans d’exploitation !

Les concurrents, qui se moquaient parfois de la coopérative au tout début, ne riaient plus du tout. La Coopérative funéraire de l’Outaouais s’établissait comme l’un des joueurs sérieux dans le marché des services funéraires et sa part du marché était constamment en hausse. Au début des années 1990, la CFO atteint une vitesse de croisière. Rendue en 1995, un an avant l’ouverture du complexe multifonctionnel du boulevard La Vérendrye, elle traite 338 décès et occupe désormais 34 % du marché des services funéraires en Outaouais.

La construction du nouveau complexe funéraire dans le secteur Gatineau, en 1996, constitue un « moment charnière » pour la coopérative, estime Alain Roy, trésorier du conseil d’administration de la CFO. « Aux yeux du public, la coopérative devenait davantage une maison funéraire accessible à tout le monde, et plus professionnelle. » Aussi la part du marché occupé par la coopérative funéraire a-t-il bondi, atteignant 43 % en 1998.

Les acquisitions de l’entreprise funéraire J. Hubert Villeneuve (Thurso, Ripon) et de certains éléments de la Maison Laviolette et Robinson, suivies de l’ouverture du second complexe multifonctionnel au 95 Cité des Jeunes, dans le secteur Hull, donnèrent le coup de grâce à l’hégémonie du secteur privé. À 46 % en 1999, avant la construction du nouveau complexe hullois en 2000, la part du marché occupée par la coopérative funéraire s’établissait à 59,7 % en 2003.  La CFO occuperait désormais une part dominante du marché qu’elle a continué de consolider jusqu’à aujourd’hui.

« Avec les deux centres multifonctionnels, nous avions décidé de regrouper tous les services sous un même toit, et nous avons pu mesurer que cela a été un élément déclencheur pour la croissance continue de la coopérative », confirme Guylaine Beaulieu, directrice générale de la CFO. D’autres acquisitions – Maison funéraire Gauvreau (Masham, Gatineau) et Maison Daniel Brunet (Buckingham) en 2009, Maison funéraire Serge Legault en 2016 – ainsi que l’ouverture de nouveaux locaux à Thurso et Saint-André-Avellin y ont aussi grandement contribué.

Comptant désormais près de 24 000 membres, ayant traité 1709 décès en 2018, la Coopérative funéraire de l’Outaouais est, de loin, l’entreprise funéraire la plus importante de l’Outaouais et l’une des dix plus grandes entreprises funéraires du Québec.

Que reste-t-il à atteindre ? La coopérative peut-elle occuper la totalité du marché des services funéraires en Outaouais ? Cela semble difficile mais la coopérative funéraire de l’Abitibi a réussi le coup en avalant son dernier concurrent privé. Ainsi, dans le Nord-Ouest québécois, une organisation collective, coopérative et démocratique a réussi à supplanter entièrement les maisons privées.

Même si cet objectif paraît lointain en Outaouais, l’avenir réserve quantité de défis à la CFO, et non des moindres. L’attitude des gens face à la maladie, la vieillesse et la mort, l’évolution rapide de rites funéraires davantage personnalisés, l’abandon croissant de toute cérémonie (tant à l’église qu’au salon) pour certains, la forte augmentation du nombre de décès prévue au cours des 30 prochaines années, le rythme effréné de la vie à l’ère des nouvelles technologies ne sont que quelques facteurs dont devra tenir compte l’équipe gouvernante de la Coopérative funéraire de l’Outaouais.

Offrant une réflexion à cet égard, la directrice générale de la CFO, Guylaine Beaulieu dit « l’un des défis qu’on ne nomme pas, c’est justement un défi de société : comment on compose avec la mort. Il y a eu une révolution dans les rituels, dans les services, et je trouve cela préoccupant. L’an passé, le taux d’exposition des corps était de 4,6 %. Nos salles seront-elles sous-utilisées ? C’est là où réside notre défi pour le futur; peut-être que les expositions ne sont plus là mais il y aura quand même des célébrations de vie et ça, c’est important. »

La coopérative semble avoir comme principal défi de déterminer quelles seront les funérailles de l’avenir, et de s’y préparer. Elle est bien équipée pour le faire !