Des pionniers disparus qu’il ne faut pas oublier

Le démarrage de la Coopérative funéraire de l’Outaouais en 1979 aura été marqué par une synergie exceptionnelle entre de jeunes coopérateurs et des aînés dynamiques, qui aura fourni la bougie d’allumage dont ce projet de grande envergure avait besoin. Les plus jeunes, qui approchent aujourd’hui eux-mêmes de l’âge de la retraite, continuent de rendre hommage à leurs aînés de l’époque, depuis longtemps disparus.

Jacques Carrière, organisateur communautaire au CLSC Le Moulin en 1979, et Luc Bouvier, alors professeur de français au Cégep de l’Outaouais, se souviennent bien des débuts, ayant été eux-mêmes membres du tout premier conseil d’administration et se souviennent avec admiration de l’engagement, de l’énergie et de la compétence de certains pionniers, parmi les plus âgés, qui « ne sont pas faits pour être oubliés ».

Joseph Desjardins

À un moment où solliciter de nouveaux membres constituait la tâche la plus essentielle, MM. Bouvier et Carrière ont en mémoire le recruteur le plus exceptionnel de l’époque, Joseph Desjardins. Ce n‘était pas facile de vendre des parts sociales à 25 $ pièce dans des milieux somme toute modestes et dans un climat économique difficile, mais M. Desjardins a réussi à recruter des centaines de membres en faisant du porte à porte, raconte M. Bouvier.  « Je crois qu’il a vendu la moitié de toutes les parts ces années-là », ajoute Jacques Carrière.

« C’était un homme handicapé, poursuit M. Carrière. Il sortait même l’hiver et faisait des rues complètes, jusqu’à 9 ou 10 heures en soirée. Moi ça me fait prendre une marche, disait-il. S’il vendait une part sociale, il demandait au nouveau membre s’il connaissait le voisin, et s’il pourrait l’appeler en lui disant que M. Desjardins serait là dans une dizaine de minutes. C’était un homme d’une grande humilité. Il parlait peu, c’était un homme d’action. »

Armand Lemery

« La personne qui exerçait le plus de leadership quand nous avions des difficultés, qui nous ramenait dans la droite ligne, c’était Armand Lemery. Il était le pivot de la coopérative, avait de l’expérience au sein d’une coopérative d’habitation à Hull, connaissait beaucoup de monde, avait une personnalité forte sans s’imposer et exprimait des opinions claires », précise Jacques Carrière.

M. Lemery compte parmi les membres du premier conseil d’administration de la CFO. « Quand Armand disait quelque chose, les gens se ralliaient. Quand on avait la déprime, Armand disait on ne lâche pas, on va passer au travers, il avait cette façon de nous recrinquer », ajoute-t-il. Une des salles d’exposition de la coopérative au 11 Sainte-Bernadette fut baptisée Salon Armand-Lemery.

Thomas Girouard

L’homme à tout faire du groupe, Thomas Girouard, avait 82 ans. Avec M. Lemery, se souvient Luc Bouvier, il a dirigé de main de maître les travaux de rénovation du premier salon funéraire de la coopérative, au 11 Sainte-Bernadette

Ancien horloger et menuisier, M. Girouard a fabriqué de ses propres mains les meubles funéraires (lutrin porte-carte, porte-cercueil, prie-dieu) du premier salon. Toutes ces pièces étaient en chêne solide, fournies sans frais par Thomas Girouard. Il a même « patenté » un appareil pour descendre les urnes en terre. « Ça n’existait pas, il l’a inventé », affirme Jacques Carrière.

« À un moment donné, il a apporté un brancard de chez lui et faisait une sieste dans l’une des salles avant de repartir de plus belle jusqu’en soirée. Il a fait ça pendant un gros mois et demi. C’était un patenteux incroyable, c’était bien fait et ça marchait toujours. » Claude Gascon, premier thanatologue de la coopérative, se souvient que M. Girouard avait même fabriqué un impeccable contour métallique pour la table d’examen du laboratoire.

La coopérative a donné le nom de Thomas Girouard à l’une des salles d’exposition de son deuxième salon, au 200, chemin de la Savane, à Gatineau.

Ernest Taschereau

Jacques Carrière souligne aussi le rôle clé joué par Ernest Taschereau, qui devint le premier président du conseil d’administration de la CFO en 1979. Fonctionnaire québécois au ministère qui serait aujourd’hui Emploi-Québec, il avait vécu dans les maisons coopératives d’après-guerre à Hull et le projet de coopérative funéraire fut pour lui l’occasion d’un regain de vie bénévole. « Il se présentait très bien et donnait une bonne crédibilité au projet de coopérative », dit Jacques Carrière.