Des célébrants à l’écoute des familles endeuillées

Avec l’évolution et la diversification des croyances, il va sans dire que le rituel des funérailles a beaucoup changé au cours des 40 dernières années et, avec lui, le rôle des célébrants aux cérémonies funéraires. Ce que l’on confiait jadis au prêtre, à l’église, est maintenant le plus souvent assumé par des célébrants, laïcs et religieux, dans des salles cérémoniales intégrées au salon funéraire.

Au fil des ans, la Coopérative funéraire de l’Outaouais (CFO) a recruté une équipe complète de célébrants qui assurent la préparation et l’animation des célébrations à la mémoire d’un défunt. Leur formation et l’expérience acquise permettent de réaliser une communication fructueuse avec les personnes endeuillées pour que la cérémonie, quelle que soit sa forme, reflète bien les volontés des familles et célèbre la vie du parent ou du proche décédé.

René Ouellet

Âgé de 62 ans, René Ouellet est célébrant à la CFO. Depuis neuf ans, il accompagne, avec son épouse, des familles en deuil. Son rôle est délicat et il le sait. Les personnes qu’il rencontre souffrent du décès d’un proche et à moins que la famille ait déjà décidé du type de cérémonie souhaité, il doit à la fois les écouter et les guider pour que les funérailles correspondent le plus possible à leurs espoirs.

« Je cherche à savoir comment les gens voient le service funéraire, dit-il. Parfois on veut faire mémoire, parfois on veut célébrer la vie du défunt. La famille peut présenter son propre plan et j’essaie d’être souple. » M. Ouellet demandera à la famille si elle veut des prières ou un rituel de la lumière moins religieux, discutera avec eux de textes à lire et de témoignages à livrer au cours de la cérémonie ainsi que de la musique, restant toujours à l’écoute pour en apprendre le plus possible sur la vie du défunt. Il en résultera alors « un rituel rattaché à personne décédée, à sa passion, à ses gouts, une cérémonie pour dire au revoir au défunt mais aussi pour se faire du bien, pour célébrer sa vie. »

Avec son expérience à la coopérative, René Ouellet a aussi appris qu’il faut parfois savoir intervenir, y mettre du sien au besoin. « Cela demande un élément de vigilance. Je ne suis pas seulement un célébrant, j’essaie de voir comment je peux célébrer avec la famille », explique-t-il. « Nous sommes d’abord accompagnateurs, nous sommes là pour aider la famille à cheminer, à aller plus haut, plus loin. »

« Les touches personnelles ajoutées au cérémonial font parfois toute la différence pour ceux et celles qui pleurent le décès d’un parent ou d’un proche. Aux funérailles d’un ancien Chevalier de Colomb, l’épouse voulait qu’on demande s’il y avait des frères chevaliers dans l’assistance. Il y en avait effectivement une vingtaine et on lui a fait une haie d’honneur. À la cérémonie à la mémoire d’un grand-papa qui avait toujours des chocolats à offrir, M. Ouellet a apporté une boite de chocolats et invité tous les petits-enfants à venir chercher chocolats comme chez grand-père. » Il pourra aussi demander à l’assemblée si des gens veulent dire tout haut des qualités en lien avec le défunt. « J’ai toujours eu une bonne réponse de l’assistance, ça fait plaisir », dit-il.

Paul-Jean Leclair

Célébrant depuis déjà 17 ans à la CFO, ayant longtemps travaillé en soins palliatifs au Centre Élizabeth-Bruyère, Paul-Jean Leclair anime des services religieux et laïcs, mais sa formation est essentiellement religieuse. Membre de l’institut Voluntas Dei fondé par un prêtre oblat, formé en théologie chez les prêtres capucins, M. Leclair est un laïc consacré. Il peut bénir, et faire une célébration de la parole. Originaire d’Ottawa, il célèbre aussi des funérailles en français ou en anglais, ou même bilingues.

« Quand je suis arrivé ici comme célébrant, dit-il, les services étaient davantage religieux. Même si les gens allaient moins à l’église qu’avant, ils demandaient toujours une cérémonie à caractère religieux au salon funéraire. C’était la seule façon que les gens connaissaient.

Maintenant nous célébrons plus la personne que la mort. Tout est orienté vers la personne décédée en mettant l’emphase sur son vécu », en se souvenant de ses qualités et en affirmant l’importance de ne pas l’oublier parce qu’on l’a aimée.

« Les gens trouvent dans une salle cérémoniale de salon funéraire une chaleur qu’ils n’avaient plus à l’église. Dans une église, s’il y a peu de monde au service, on dirait un grand espace vide. De plus, le salon funéraire est moins un carcan, on y est plus libre, tant pour les textes que pour la musique », poursuit Paul-Jean Leclair.

Les familles ont le choix de personnaliser la cérémonie, précise-t-il. Dans un service religieux au salon funéraire, on lira les mêmes prières qu’à la messe, sans consécration, sans communion. Des personnes croyantes mais peu pratiquantes voudront tout de même conserver des éléments du rite religieux comme la bénédiction ou le rituel de la chandelle (la chandelle sera remise à la famille), ou encore un chant religieux comme l’Ave Maria. Dans les célébrations laïques, Paul-Jean Leclair prendra des poèmes qui évoquent la lumière et la vie. « Je suis la pour eux autres, ouvert à leurs besoins », ajoute-t-il.

« Si la famille ne veut pas faire de témoignages en personne, je leur demande de me donner dix qualités de la personne décédée, en y ajoutant des choses qu’elle aimait, et moi je pars de ça pour composer un hommage. Les gens aiment bien cela et ça leur fait plaisir. »