Susciter l’espoir chez les aînés suicidaires

On parle beaucoup du suicide chez les hommes et encore plus chez les jeunes, mais qu’en est-il du suicide chez les aînées? Pourtant, c’est une réalité qui est bien présente au Québec. Pour chaque personne décédée par suicide, combien y a-t-il de personnes en détresse, en souffrance et qui auraient besoin d’aide?

Des statistiques inquiétantes

Selon l’Institut national de santé publique, il y a plus de 140 aînées qui se suicident chaque année au Québec, dont 108 hommes et 32 femmes. C’est donc dire qu’il y a près de quatre fois plus d’hommes que de femmes qui s’enlèvent la vie. Ce sont pourtant des morts évitables.

Si on observe de plus près les idées et les comportements suicidaires, on constate que 1,3 % des personnes âgées indiquent avoir sérieusement songé au suicide (Camirand & Légaré, 2010). De plus, une personne sur 1 000 a déjà fait une tentative de suicide (Infocentre de santé publique du Québec, EQSP, 2008). De telles proportions suggèrent que chaque année, au moins 15 000 aînés québécois auraient des idées suicidaires sérieuses et que quelque 1 300 d’entre eux feraient une tentative de suicide. D’où l’importance de se questionner à ce sujet et de revoir notre façon d’interpréter cette problématique.

Quelle est notre perception du suicide chez les aînés(es)

Prenons par exemple l’histoire d’une dame de 78 qui se confie sur ses difficultés quotidiennes. Madame dit voir de moins en moins bien et avoir des douleurs aux os régulièrement. Son sommeil est une source de problème également, car elle dort mal et se réveille souvent. Avant que son mari ne tombe malade, ils faisaient tout à deux et étaient toujours ensemble. Puis, avec la venue de la maladie, l’organisation du quotidien a tourné autour des soins à lui prodiguer. Depuis son décès, elle est de plus en plus triste. Cette dame se sent inutile et n’a plus le goût de faire son bénévolat. Elle verbalise être un fardeau pour ses deux filles qui sont dans la cinquantaine et soupçonne qu’elles viennent la voir uniquement par pitié. Elle accepte de moins en moins les invitations à des rencontres amicales ou familiales, car elle ne voit pas assez bien. Finalement, elle nous dit qu’elle serait peut-être mieux d’aller rejoindre son mari, car sa vie n’a plus de sens.

Doit-on s’inquiéter de son état? La plupart des gens diront oui, mais ne seront pas vraiment proactifs à trouver des pistes de solution pour lui redonner le goût de vivre. L’écoute risque d’être moins attentive à la détresse vécue. Les idées suicidaires ne seront pas vraiment prises au sérieux, car les préjugés sur les personnes âgées sont tenaces : elles parlent sans cesse de leur problème de santé, radotent, et ont beaucoup d’attentes envers leurs proches, pour n’en nommer que quelques-uns. Beaucoup croient également que leur éducation chrétienne va les empêcher de passer à l’acte. Alors il n’est pas étonnant de voir que leur entourage risque d’échapper les signaux d’alarme qui indiquent qu’il y a un réel danger.

Posons-nous sérieusement la question, cette dame a-t-elle de bonnes raisons de penser à mourir? C’est là que ça se corse, car il est très facile de banaliser les idées suicidaires des personnes âgées. En serait-il de même si la dame en question avait 48 ans?

Imaginons, la même situation, mais avec une dame plus jeune. Madame a une maladie de la cornée qui affecte sa vision et souffre d’arthrite depuis son adolescence. Son mari est décédé il y a 3 ans et depuis son décès elle est de plus en plus triste. Elle se sent inutile et n’a plus le goût de faire son bénévolat. Elle a l’impression d’être un poids pour ses filles dans la vingtaine et se demande si ce ne serait pas mieux pour elle d’aller rejoindre son mari, car sa vie n’a plus de sens. Sentons-nous l’urgence d’agir? Avec un tel message, probablement que ses proches vont s’inquiéter et l’aider à chercher du soutien. Pourtant, c’est la même situation. Seul l’âge diffère.

Un pas vers la prévention

Pour prévenir le suicide chez les aînés(es), il nous faut d’abord reconnaître que la personne ne va pas bien. Il faut donc être capable de repérer et de décoder les signes de détresse. Chez les personnes âgées, on pourra reconnaître une certaine tristesse et une tendance à s’isoler. La personne mange moins et on observe chez elle une perte d’intérêt. Les changements radicaux de comportements et la négligence dans son apparence et son hygiène sont aussi des signes qui indiquent la présence d’une possible détresse.

Le suicide d’un aîné, comme tout autre suicide, suppose une détresse psychologique intolérable, un grand désespoir et une volonté ferme d’arrêter de souffrir. De la même façon qu’avec les personnes plus jeunes, il est essentiel d’aborder les idées suicidaires directement. Dans le doute, il est important de prendre toute menace de suicide provenant d’un aîné au sérieux et de poser des questions directes, telles que : Pensez-vous au suicide? . Contrairement à ce que certains craignent, ce genre de question ne suggère pas d’idées suicidaires et au contraire amène un soulagement significatif chez la personne suicidaire.  

Les personnes âgées suicidaires ne recourent pas spontanément aux services de prévention du suicide. Bien qu’elles aient des liens fréquents avec des professionnels de la santé, la plupart du temps pour des problèmes physiques, il n’est pas souvent question de leur santé mentale au cours de ces consultations. Elles ont une certaine pudeur à parler de leur désir de mourir et sont souvent envahies par la honte.

Comment susciter l’espoir chez les personnes âgées suicidaires 

Les personnes âgées sont amenées à vivre beaucoup de pertes à différents niveaux : des proches qui décèdent, une santé défaillante, la vente de la maison, l’autonomie qui s’amenuise… Il est donc important de mettre l’accent sur ce qui reste et d’utiliser les qualités ou les talents dont elles font preuve chaque fois que c’est possible.

Des exemples :

  • Demandez-leur conseil quand vous faites face à une difficulté. Ils ont un bagage d’expérience considérable et ils se feront un plaisir de le mettre à profit.
  • Mettez-les dans l’action pour vous aider à préparer une fête (coup de main culinaire, emballage de cadeaux, décoration).
  • Encourager les petits-enfants à avoir un lien complice avec leurs grands-parents.
  • Travaillez avec eux leur arbre généalogique.
  • Laissez-les vous raconter un épisode de télé que vous avez manqué.
  • Enregistrez les histoires et anecdotes de leur enfance lors de vos visites. Éventuellement, vous pourrez les transcrire et les transmettre aux plus jeunes.
  • Regardez des photos ensemble. Prenez des notes à l’endos pour ne pas oublier les lieux et les noms.

Mais avant toute chose, assurez-vous que leur état de santé physique n’est pas un handicap à la reprise d’activités. Car on a beau faire le nécessaire pour redonner un sens à sa vie, quand la douleur est trop intense, l’intérêt n’y est pas.

Quelques points à retenir 

  • Travaillons ensemble à susciter l’espoir.
  • Misons sur les forces des aînés et le rôle qu’ils peuvent encore jouer plutôt que de ne voir que les incapacités et les pertes.
  • Ne jamais banaliser ou normaliser la souffrance vécue.
  • Avoir du temps pour en parler et les orienter vers des services tels que le Centre de prévention du suicide de sa région 1-866-277-3553.
  • N’oublions pas que le suicide est un geste permanent à une situation temporaire.

Texte : Andrée Verreault et Fabienne Tremblay, Centre de prévention suicide 02
Image : Pixabay
Publié dans la revue Profil - automne 2017

Classé dans : La mort et les rituels funéraires Publié par : Fédération des coopératives funéraires du Québec

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