Survivre à sa mort...

La fin de vie est un moment émotif qui soulève souvent plusieurs questions, tant de la part des personnes mourantes que de leur famille. Combien de temps lui reste-t-il? Bien qu'inconscient, peut-il souffrir? Nous entend-il même s'il ne peut parler? Qu'adviendra-t-il de lui comme « personne » au moment où son corps cessera de respirer et son cœur de battre? C'est souvent lors de telles discussions qu'une personne s'exprime et dit : « nul n'est jamais revenu de là-haut pour nous dire comment cela se passait... »

C'était en effet le cas jadis, mais maintenant, grâce au progrès des techniques médicales qui sont de plus en plus performantes, plusieurs personnes sont réanimées suite à une mort clinique et affirment avoir vécu quelque chose, tant est que nous soyons ouverts à entendre ce qu'elles ont à nous dire. Autopsie d'un phénomène qui fascine le public, intéresse les chercheurs et laisse perplexe une partie de la communauté médicale : les expériences de mort imminente (E.M.I.).

Depuis la parution du livre à succès La vie après la vie de Raymond Moody dans les années 70, les choses ont évolué. À cette époque, le phénomène des expériences de mort imminente était plutôt marginal et souvent ignoré par la communauté médicale et scientifique. Les récits de personnes ayant vécu une E.M.I. étaient alors expliqués par une hallucination causée par un manque d'oxygène au cerveau. Avec le temps, les recherches et le nombre de récits qui se multiplient, cette explication ne semble plus suffire pour expliquer l'ensemble des cas recensés1. C'est pourquoi plusieurs chercheurs étudient le phénomène de façon sérieuse à la recherche d'explications plus complètes. Aujourd'hui, ces chercheurs issus de disciplines diverses s'intéressent aux E.M.I. pour essayer d'en comprendre la cause ou encore d'expliquer l'expérience elle-même. Qu'ils soient psychologues, psychiatres, cardiologues ou neuroscientifiques, ces chercheurs tentent de percer le mystère de ces expériences fascinantes. Voyons d'abord en quoi consistent les récits de ces expériences aux frontières de la mort telles qu'elles sont racontées par les personnes qui les ont vécues.

Être témoin de son décès

Au moment où survient la mort (cessation de la respiration, absence de battements du cœur et parfois absence d'activités cérébrales – difficile à mesurer quoiqu'inévitable lorsque le cerveau n'est plus alimenté par le flot sanguin), les personnes mortes affirment être toujours conscientes. De ce fait, elles sont témoins de leur propre décès. Non seulement sont-elles conscientes, mais elles disent avoir une perception de la réalité encore plus pénétrante qu'à l'état de veille. Elles « voient » leur corps physique inanimé sur le lit d'hôpital ou ailleurs, alors qu'elles (leur moi véritable) se retrouvent au-dessus de lui. Elles « voient » leurs proches en pleurs et tentent en vain de les consoler.

Certaines personnes affirment pouvoir se déplacer où bon leur semble, au gré de leurs pensées et de leur volonté. Peu importe leur culture, leur religion, leurs croyances, la majorité des personnes parlent d'un tunnel noir au sein duquel elles se retrouvent. Au bout du tunnel, comme la fine pointe d'une aiguille, brille une lumière qu'elles qualifient de « céleste ». Voici les propos de Fabien N. qui raconte son E.M.I. : « C'est alors qu'une vive lumière blanche est apparue elle aussi de manière progressive, cette lumière englobait toute la pièce, j'étais à l'intérieur de celle-ci, mais n'était pas aveuglé... C'était une lumière blanche très puissante, et j'avais la sensation d'être dans le brouillard... Je me sentais bien, je n'avais plus aucune douleur... »2 Les personnes se sentent alors attirées vers cette lumière qui les pénètre d'un amour qui dépasse tout ce que nous pouvons expérimenter sur la terre. Plusieurs affirment avoir rencontré des êtres chers décédés, parfois des êtres « spirituels ». On comprend alors pourquoi plusieurs affirment qu'ils auraient préféré rester de l'autre côté, tellement l'expérience était agréable.

Le mystère de la conscience

Ces récits, en apparence extraordinaires, créent un certain malaise chez la plupart des scientifiques. La question fondamentale qui est au centre du débat sur les récits d'E.M.I. peut se traduire ainsi : comment les gens peuvent-ils avoir des perceptions, vivre des émotions et continuer à avoir une activité intellectuelle (pensées, réflexions, etc.) alors que, selon ce qu'enseigne la science, la conscience devrait s'éteindre lorsque cesse l'activité du cerveau. En effet, les neuroscientifiques affirment que le cerveau fabrique la conscience, un peu comme une sorte de sécrétion produite par l'activité des neurones (cellules du cerveau). Pourtant, comme le mentionne le cardiologue Pim Van Lommel dans la conclusion de son étude sur les E.M.I. parue dans la prestigieuse revue scientifique The Lancet en 2001, cette hypothèse n'a jamais encore été démontrée.

Selon ce modèle, ou plutôt cette hypothèse, une activité consciente est impossible lorsque le cerveau est en état de mort cérébrale. C'est entre autres pour cette raison que certains chercheurs sont d'avis qu'il faut revoir notre façon de concevoir la relation entre la conscience et le cerveau. Parmi ceux-ci, le neuroscientifique Mario Beauregard, le cardiologue néerlandais Pim Van Lommel et le neurochirurgien américain Eban Alexander. Ce dernier, qui enseigne la neurochirurgie à l'Université Harvard, a d'ailleurs vécu lui-même une E.M.I. en 2008 suite à une foudroyante méningite. Son expérience a fait l'objet de la page couverture de l'édition d'octobre 2012 du magazine Newsweek. Suite à cette expérience, il dira : « Il est désormais évident pour moi que l'image matérialiste du corps et du cerveau comme "producteurs" plutôt que "véhicules" de la conscience humaine est caduque »3.

Quelles conclusions devons-nous tirer de ces récits sur les E.M.I.? D'abord, qu'il nous faut peut-être revoir notre conception de la mort et, par le fait même, de la vie. Selon les expériences vécues, la mort n'est pas la fin ou le terme de la vie, mais plutôt une transition, un passage. Depuis le début de l'humanité, tous les peuples, toutes les civilisations, toutes les cultures ont insisté sur le fait que la mort ne fait que détruire le corps et non la vie elle-même qui se poursuit dans d'autres conditions, dans un « autre monde ». Le culte dédié aux ancêtres (défunts) est probablement le rituel universel le plus ancien et le plus commun.

Ensuite, nous devons repenser notre façon de considérer la conscience. Nous avons beaucoup étudié la matière au cours des dernières décennies, sans doute devrions-nous nous pencher maintenant sur les mystères de la conscience humaine. Autrement dit, notre identité profonde, ce que nous sommes réellement et qui survit à la dislocation du corps physique, serait indissociable de la conscience et non du corps auquel nous nous identifions d'emblée.

Enfin, ces récits peuvent être utilisés de façon thérapeutique auprès des patients en fin de vie. Ces derniers, souvent anxieux au seuil de la mort, ont besoin d'être rassurés sur ce qui les attend. Ces témoignages indiquent qu'au-delà du corps qui meurt, la conscience subsiste et qu'ainsi, l'espoir de revoir un jour les êtres aimés est bien fondé. Comme la souffrance associée à la mort est souvent reliée à la séparation d'avec les êtres chers, ces simples faits peuvent redonner aux mourants l'espoir et le courage qu'il faut pour franchir l'ultime pas. D'un point de vue strictement psychologique ou thérapeutique, nous n'avons aucune raison de priver les gens en fin de vie de cet espoir... même si nous, personnellement, ne sommes pas convaincus de la véracité de ces témoignages. Si par tout hasard il n'y a rien de l'autre côté, qu'avons-nous à perdre à croire qu'il en soit ainsi?

Stéphane Rivest
Intervenant en soins spirituels, CHUS
Publié dans la revue Profil - Printemps 2015

Stéphane Rivest est intervenant en soins spirituels au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke depuis 2011. Dans le cadre de son travail, il soutient et accompagne les patients et leur famille dans les moments difficiles que représentent la maladie et la mort. Il travaille présentement à la réorganisation du service des soins spirituels et à l'implantation de la méditation pleine conscience comme approche d'intervention clinique. Enfin, fort de ses 14 années d'expérience dans l'enseignement, il enseigne et fait la promotion du service des soins spirituels et de la pleine conscience auprès des étudiants de la faculté de médecine.

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  1. Selon certaines études, 4 % de la population aura vécu une E.M.I. ou une
    expérience similaire.
  2. http://www.nderf.org/French/fabien_n_emi.htm
  3. http://leslecturesdeflorinette.over-blog.com/article-dr-eben-alexander-neurochirurgien-a-harvard-raconte-son-emi-111290712.html
Classé dans : La mort et les rituels funéraires Publié par : Fédération des coopératives funéraires du Québec

Commentaires (3)

J'y crois car, un jour ma patronne m'a raconté son expérience quand elle a eu son accident de voiture et en plus mon mari, quand il est décédé est resté avec moi chez moi pendant 8 mois (lui qui ne croyais pas l'après mort me disant de son vivant on meurt et on nous met dans un trou tout simplement), quand j'ai senti sa présence j'ai souris lui disant ''tout les livres que j'ai lus sur l'après mort, tu souriais me disant : tu dépenses de l'argent pour rien, et moi lui disant : je ne souhaite pas que tu décèdes avant moi mais si ça arrive, et que tu viens me voir, je vais bien rire''. Car en plus de moi, son fils, le soir de son décès, m'a appelé me disant : j'ai quelque chose à te dire et tu vas me trouver fou mais tant pis, j'ai vu mon père assis sur le coin de la table dans ma cache de chasse me disant : wow c'est vraiment beau. Son fils me dit : c'est bizarre hein! Je lui ai dit : non car tu te rappelles à l'hôpital il t'avait dit qu'il irait la voir et tu m'avais regardé pensant peut-être qu'il voulait juste te faire plaisir car il ne pouvais plus marcher. Alors, lui, en ses derniers moments, le savait mais, et c'est ce qui m'a peiné, il n'a jamais voulu me parler de la mort, pourtant il le savait que je croyais à l'après mort. Merci de m'avoir lue...

Vanier Diane, 14 octobre 2015

Voilà bien la phrase qui règle le problème...
"Si par tout hasard il n'y a rien de l'autre côté, qu'avons-nous à perdre à croire qu'il en soit ainsi?"
Et si... il n'y a rien... nous ne le saurons même pas !
J'ai personnellement fait une E.M.I. le 15 août 2015 suite à un difficile pontage cardiaque. J'étais déjà quelqu'un qui croit en la survie de l’âme, maintenant j'en suis certain !
De plus, j'ai décidé consciemment de revenir, de ne pas traverser définitivement, avec la certitude qu'il me restait quelque chose à terminer. Je ne sais pas exactement de quoi il s'agit, je suis cependant convaincu que je suis en train de le faire.
Quand le moment sera venu, j'aurai plaisir à faire cette nouvelle naissance... ailleurs !
Bonne vie.

H.Charles Tremblay, 26 octobre 2016

Qu'avons-nous à perdre de croire à cette transition plutôt de voir la fin? C'est très réconfortant tant pour le mourant que pour sa famille.

Beauregard Jacques, 26 octobre 2016

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