Survivre au décès d’un parent : L’ordre douloureux des choses

Lorsque la vie suit son cycle naturel, ce sont les parents qui meurent avant leurs enfants. Mais ce cours normal de l'existence ne fait pas de la mort une invitée plus désirable. Le deuil de ses parents est une étape difficile, qui laissera chaque être humain transformé pour toujours.

Il est ardu de survivre au décès d'un de ses parents quand, à l'intérieur de soi, une part intime est disparue avec lui. Ce lien qui unit un parent à son enfant est sans doute le plus fondamental : il fait fi des disputes, des paroles blessantes ou des silences. Une relation aussi intime est faite de doux souvenirs, certes, mais aussi, parfois, de regrets. Ces sentiments sont faits de blessures à guérir.

Des relations uniques, des sentiments intimes

Les premières écorchures, l'entrée à l'école, le départ de la maison, l'arrivée de ses propres enfants; ce ne sont là que quelques-uns des jalons importants de la vie passée avec ses parents. Cette vie qui fait de chaque adulte un être humain unique.

À la disparition de ses parents, il est normal, et même souhaitable, d'éprouver une grande tristesse. Le chagrin et les larmes font partie du deuil et sont essentiels à sa résolution. Quelle que fut la relation entre le parent et son enfant, la peine que l'orphelin éprouve à son décès est un sentiment légitime et sain.

Si la mort du parent survient au terme d'une maladie, le deuil est peut-être empreint de soulagement. Ce sentiment ne va pas à l'encontre de l'amour que l'on porte à son père ou à sa mère. En fait, se sentir soulagé de la fin de la souffrance physique d'un être cher est sans doute une preuve d'amour.

Au décès d'un parent, il est également normal d'éprouver de la colère, de la frustration ou de la culpabilité. Chaque orphelin connaîtra, à la mort de ses parents, une traversée de deuil unique, tout comme l'était sa relation avec eux.

La famille en deuil

Si le parent laisse plus d'un enfant dans le deuil, il est probable que chacun vive cette perte de façon personnelle. Dans la douleur engendrée par la disparition d'un de leurs parents, on verra certaines familles se rapprocher. On éprouvera le besoin de chercher écoute et réconfort parmi les siens.

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Les parents vivent perpétuellement dans le cœur de leur descendance. Les valeurs transmises, les expériences partagées; tous ces gestes, ces paroles, ces émotions que les parents ont légués à leurs enfants constituent le plus précieux des héritages. Au terme de la résolution positive du deuil de son père ou de sa mère, l'orphelin aura sans doute compris beaucoup de choses sur la mort et, puisqu'elles sont intimement liées, sur la vie.

Photo : Shutterstock
Pubilé dans la revue Profil - printemps 2004

Classé dans : Le deuil Publié par : La Gentiane - Deuil - Entraide

Commentaires (5)

Il est rassurant et émouvant d'être reconnu dans sa propre souffrance à travers votre article si délicat et juste. Je suis volontairement suivie par une psychologue des soins palliatifs, suite au décès de mon papa. "Orphelin" est le mot de la reconnaissance de ma peine.

cathy, 26 juin 2012

Plus de 19 ans après le départ de ma chère mère, oh combien je me suis senti seul. Certes il y a la venue des enfants mais je vis chaque jour en pensant à elle.

Emajak, 14 septembre 2014

Il m'est difficile de lui dire au revoir.. Mon papa est parti brutalement un soir. Vite, sans souffrir.. Mais que reste-t-il si ce n'est les doux et douloureux souvenirs? Les fous espoirs que j'avais de lui faire rencontrer mon bébé.. Le deuil est interne, long, insoutenable par moment. Mais on avance, nous quatre soutenons notre maman.. Moi aussi je pense chaque jour à lui. Toujours.

Gwenaelle, 23 décembre 2015

Bonjour,
Je viens de perdre mon père, il y a trois semaines. Il avait 91 ans. J'étais aidant naturel. Nous vivions, tous les deux, dans la maison familiale, depuis 15 ans, soit après les décès de ma grand-mère, ma sœur et ma mère, toutes en 2002. À ce moment-là, ce fut très difficile pour papa. Depuis, lui et moi (je suis le plus vieux des 5 frères), avons développé une relation harmonieuse. Je l'amenais partout avec moi, même durant mes vacances. Nous retournions en Gaspésie, durant l'été, passer une semaine. Les deux dernières années ont été marquées par des chutes. 2016, a été le début de la descente, pour lui. Les six derniers mois, je les ai passés à l'urgence, en gériatrie, pour se terminer au centre d'hébergement de longue durée. J'ai été présent, durant ces six mois, à tout les jours, auprès de lui, en moyenne 4 à 5 heures par jour (je venais de prendre ma retraite, j'ai 64 ans). J'ai appris à lui dire : Je t'aime. Il me disait la même chose. Ce que je trouve dur, depuis qu'il est parti, c'est qu'il n'y a pas grand monde dans ma famille, qui comprend ce que j'ai vécu avec lui. Pour la plupart, il n'y a rien de différent. Je me sens seul dans mon camp. J'ai reçu des éloges, d'autres personnes que ma famille. Je crois que j'étais le seul à avoir aimé mon père, alors que mes frères avaient un penchant pour ma mère, que j'ai aimée tout autant. Je vis une peine intérieure profonde. Le temps va arranger les choses, comme on dit souvent. En attendant, je manque d'une oreille pour évacuer le trop plein. Je pleure, parfois sans raison, ou lorsque je pense trop à lui. La maison familiale a été vendue, car je ne pouvais continuer à demeurer là. Trop de souvenirs y sont présents. Ça fait beaucoup de brassage, mais c'est peut-être mieux de virer la page au plus vite? Merci.

Jean-Yves Savoie, 12 février 2017

Jean-Yves, l'oreille dont vous manquez, je peux l'être. N'hésitez pas, vos pleurs sont touchants. À 64 ans on peut se sentir amputé de son père, j'ai perdu le mien il y a 29 jours et c'est éminemment douloureux. J'ai 48 ans depuis hier. Il en a eu 88 le 14 janvier et parti après 3 mois d'hôpital le 2 février, tellement dur!
Katrin de Paris

pinault, 3 mars 2017

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