De la passion à l’oeuvre d’art

Quand, tout jeune, Normand Métivier a pris un appareil photo pour la première fois, c'était pour présenter des choses qu'il trouvait belles. Et c'est ce qu'il fait encore, même quand il s'agit de cimetières. Remarquez que certains diront de ces lieux qu'ils sont lugubres et froids. Mais à regarder ses oeuvres, on découvre rapidement que c'est à l'opposé de sa perception. Il y voit de la lumière, un côté magique et serein, une féérie, et c'est cela qu'il a décidé de mettre en valeur. Avec lui, les cimetières risquent fort de sortir de l'oubli, car il a su utiliser sa grande sensibilité pour rendre chaleureux et invitant un lieu souvent abandonné.

C'est en faisant le ménage de ses photos qu'il a réalisé en avoir tout un lot sur les cimetières. Il décide donc de revisiter le sujet. En se promenant dans les campagnes de l'Estrie, il fut attiré plus particulièrement par les cimetières anglophones, où le rythme souple et naturel, plus proche du jardin anglais, le séduit.

À l'heure où la photo est pour plusieurs un geste anodin facilité par les cellulaires et tablettes de tous genres, il en faut beaucoup aujourd'hui pour se démarquer. Autant au niveau du sujet que l'on explore que par la technique utilisée. Normand s'est servi des deux pour un projet bien particulier. Il nous montre à quel point on peut parler de la mort avec beauté par l'entremise des cimetières.

Pour réaliser son projet, il a parcouru plus de trois cents cimetières sur le territoire des Cantons-de-l'Est. De toutes les photos qu'il a pu prendre, près d'une centaine, issues de 72 cimetières différents, ont été publiées dans son livre « Cimetières oubliés des Cantons de l'Est ». Il lui aura fallu trois ans avant de boucler la boucle... quoique, c'est vite dit, car on le réclame régulièrement pour des expositions. Selon ses dires, il ne faut pas croire qu'un cimetière en vaut un autre. Certains sont plus conventionnels alors que d'autres ont du caractère. Mais tous permettent un voyage dans le temps.

Son approche est assez particulière. Dans un premier temps, il a choisi d'utiliser une technique à l'infrarouge pour donner une allure à sa démarche complètement à l'opposé de toutes celles qu'il connaissait. L'infrarouge réagit à la température des choses et non aux couleurs. Ainsi, les éléments froids donnent des tons sombres, alors que les teintes claires sont générées par la chaleur. Cette technique prend entre 10 et 30 secondes. Pendant ce temps d'exposition, tout ce qui a bougé, c'est-à-dire les arbres, les nuages et la végétation, apparaîtra flou sur l'image.

Ensuite, ses photos ont été prises l'été, très tôt le matin, quand tout dort encore et que la lumière est magnifique. Selon lui, le calme du matin rend très bien la sérénité que l'on retrouve dans ces lieux de paix. À certains endroits, il ressentait un sentiment d'allégresse, alors que d'autres fois, il avait le coeur triste. C'est ça aussi le travail d'artiste, ressentir les choses autour de soi.

On voit le sérieux de sa démarche également par les bribes d'histoires qu'il nous partage. Comme il le dira dans l'introduction de son livre : Les anglophones se soucient beaucoup du protocole de mise en terre pour leurs morts. Les stèles font face à l'est pour le jour de la résurrection. Le cimetière est entouré d'une clôture pour ne pas que des bêtes viennent y profaner le lieu et, quand on le peut, le cimetière est construit sur des hauteurs pour que le corps des défunts ne repose pas dans l'eau et qu'il puisse veiller pour l'éternité sur les vivants qu'il a quittés.

Selon lui, l'humanité a besoin d'une démarcation entre les vivants et les morts. Une ligne qui sépare les deux mondes. Et les cimetières ont cette vocation. Son plus grand souhait? Donner envie d'aller voir ces hameaux de paix, passer un peu de temps à lire les stèles et à redécouvrir des gens qui ne méritent sûrement pas de tomber dans l'indifférence.

Texte : Maryse Dubé
Photos : Normand Métivier

Publié dans la revue Profil - automne 2014

Vous voulez en savoir plus sur Normand Métivier? Voici quelques références :

  • Site Internet pour voir l'album photo « Cimetières en infrarouge ».
  • Livre « Cimetières oubliés des Cantons de l'Est » : Publié à compte d'auteur, sur demande.
  • Entrevue audio à la Coopérative funéraire de l'Estrie.
Classé dans : Fédération des coopératives funéraires du Québec Publié par : Fédération des coopératives funéraires du Québec

Commentaires (1)

Bonjour,
J'ai lu avec beaucoup d'intérêt cet article!
Il faut dire que j'accompagne les personnes en fin de vie et que le sujet me passionne. Je suis d'ailleurs aussi fascinée par les cimetières que je trouve très "vivants", car plein d'histoire...

De plus ces lieux sont si paisibles. J'aime m'y retrouver pour méditer, me centrer, me déposer...j'adore aussi prendre les cimetières en photo ! Il y effectivement une aura de mystère, de magie et de lumière particulière.

Bravo M. Métivier pour votre fabuleux travail et bravo aussi d'avoir osé faire quelque chose de différent...la mort fait partie de la vie , d'une étape que nous traverserons tous et les cimetières nous ramènent bien souvent à cette réalité....mais avec douceur.

Au plaisir de vous croiser sur ma route un jour !
Vous êtes fort inspirant !

Hélène Giroux, 28 août 2017

Écrivez un commentaire

Veuillez cocher pour indiquer que vous n'êtes pas un robot.
Cette vérification permet d'éviter les courriels indésirables.