S'investir dans le deuil

La majorité des gens sont conscients que les pertes font partie de la vie, et la plupart s’entendent pour dire que celles-ci favorisent l’évolution personnelle. Mais dans la réalité, plusieurs vivent difficilement ce passage obligé. Pourquoi cela m’arrive-t-il? Pourquoi si jeune ou si vite? Que vais-je devenir sans lui? Autant de questions qui démontrent que la perte d’un être cher déstabilise l’ordre établi et peut parfois percuter violemment les repères d’une personne. La mort est inévitable pour tous et le deuil est la suite logique pour les proches du défunt. Mais qu’est-ce que le deuil au juste?

Le deuil est un processus universel de détachement, d’acceptation et de transformation qui marque la fin d’un chapitre.La relation à l’autre telle que nous la connaissions s’éteint avec le décès, mais l’amour et l’attachement perdurent. C’est pour cette raison que le processus de deuil prend du temps à se conclure. Aimer sans voir, toucher ou partager, demande une adaptation et crée une onde de choc dans nos habitudes de vie. Cette période de turbulence affective demande de la patience. On ne peut pas tirer sur une fleur pour que celle-ci pousse plus vite. On ne peut pas plus forcer l’adaptation à une perte. 

Les réactions de deuil sont influencées par de multiples facteurs. Notamment, le lien qui nous unissait au défunt, le type de décès, la personnalité et la culture de l’endeuillé, pour ne nommer que ceux-ci. Bien que la durée et l’intensité des symptômes varient d’une personne à l’autre, le processus, lui, reste sensiblement le même pour tous. Il se définit en étape identifiable et en tâches à accomplir. Car oui, c’est bel et bien un travail. Celui d’accepter la mort de l’autre, de réinvestir sa vie sans l’être aimé et de garder vivant l’héritage que cette relation nous a laissé. 

Le travail de deuil 

La toute première tâche à prévoir afin d’amorcer la démarche de deuil consiste à reconnaître la réalité du décès. Cela signifie que nous devons intégrer totalement et définitivement la perte de l’être cher. Ce n’est pas quelque chose qu’il est possible de faire en claquant des doigts. Même si nous savons intellectuellement que l’être aimé est décédé, émotivement, c’est une tout autre histoire! Ce n’est que progressivement qu’il est possible de prendre pleinement conscience du caractère définitif de l’absence. Parfois, une profonde incrédulité subsiste un bon moment sans pour autant que ce soit anormal. 

Afin de progresser à travers les différentes étapes de cette démarche, il est primordial de vivre toutes les émotions qui font suite à la perte. Des émotions puissantes et parfois déconcertantes surgissent en nous au cours du deuil : la peine, la colère, la culpabilité, la peur, le découragement, la révolte, etc. Il est très important de ne pas refouler ces émotions et de se donner les moyens de les exprimer. Essentiellement, la libération émotionnelle en période de deuil nécessite la reconnaissance des émotions ressenties et l’utilisation de moyens concrets qui en favorisent l’expression. Cette tâche est un aspect central du travail de deuil. Mais dans une société où parler d’émotions est plutôt impopulaire, soyez créatif! Outre la parole, vous pouvez utiliser l’écriture, le sport, les arts, la visualisation, ou encore certains rituels symboliques. 

Beaucoup de gens pensent que la douleur de la perte est plus intense juste après le décès et qu’elle décroît progressivement avec le temps. Malheureusement, cela correspond rarement à la réalité. Pendant les premiers jours, on est comme « anesthésié » par le choc du décès. Les personnes endeuillées ressentent l’impression de fonctionner sur le pilote automatique. Cette protection psychique permet à l’individu de rester fonctionnel en début de deuil. Mais cette anesthésie initiale s’estompe par la suite. Il est donc normal que la souffrance ressentie semble plus intense après quelque temps. En travaillant sur l’intégration de la perte et la libération des émotions, il est possible de vivre une adaptation progressive à l’absence de l’être aimé. En ce sens, les émotions liées au décès seront de moins en moins vives et de moins en moins présentes jusqu’à la résolution complète des manifestations de deuil. 

Après une perte, il est important de faire face aux « premières fois » : le premier Noël, le premier anniversaire, la première sortie sans l’autre, etc. Pour certains, il arrive parfois que la douleur ressentie soit si inconfortable qu’ils tenteront de fuir tout ce qui leur rappelle la perte subie. Ce mécanisme de défense peut être utile sur le coup, car il atténue les émotions ressenties. Mais il s’avère souvent une véritable catastrophe à plus long terme puisque la fuite constante retarde le travail de deuil. Or, malgré la douleur que génère l’absence de la personne décédée, il est possible d’apprivoiser progressivement la vie sans l’être cher à nos côtés. Il faut toutefois respecter son rythme personnel lorsqu’on accepte d’affronter les « premières fois ». 

S’adapter à la mort d’un proche implique que l’on doive préserver la mémoire de la personne disparue et créer un lien intérieur avec elle. Il faut donc apprendre à se désinvestir de la présence physique du défunt tout en gardant présents les sentiments à son égard. Cette tâche s’accomplit en mobilisant tous les moyens susceptibles de lutter contre l’oubli. Par exemple : honorer ses promesses, procéder aux rites funéraires, aller au cimetière ou au columbarium, se remémorer de bons souvenirs, etc. 

Dans les semaines qui suivent le décès, il est souvent impératif pour les personnes endeuillées de se sentir près du défunt. Tout ce qui rappelle l’être cher peut soudainement devenir capital : ses vêtements, ses objets, ses habitudes, etc. C’est une façon d’apprivoiser le vide ressenti suite à l’absence. Ce mécanisme d’adaptation perd de son intensité au fil des mois. Tout doucement, le besoin d’attachement aux objets de l’être cher fera place à une sensation profonde que celui-ci est bien vivant à l’intérieur de soi. Certains objets plus significatifs garderont tout de même une place importante pour la personne en deuil. 

S’ajuster à sa nouvelle réalité 

La mort bouleverse l’ordre établi. Elle favorise de grandes remises en question sur la vie et sur la façon dont nous la vivons. En fin de deuil, après de multiples interrogations sur la vie, la mort, les valeurs et les relations, la personne endeuillée sentira qu’elle est prête à s’ajuster à sa nouvelle réalité sans l’être aimé. À développer une nouvelle identité ainsi qu’un nouveau rapport au monde.C’est l’aboutissement de nombreuses réflexions et de très nombreux ajustements qui permettent une profonde transformation et touchent généralement plusieurs sphères de la vie. Il est donc compréhensible que cette dernière tâche prenne un certain temps et s’inscrive à la toute fin du processus de transformation. 

Le travail de deuil peut sembler lourd et ardu pour une personne endeuillée. Sachez que ces enjeux suivent notre rythme de croissance personnel et que l’intensité de ce travail fluctue au fil des mois qui suit le décès. Certains vivront rapidement et intensément ces étapes, d’autres iront plus doucement. Bien que l’être humain porte en lui tout ce qu’il faut pour s’adapter à une perte, il est souvent libérateur et rassurant d’être accompagné d’un psychothérapeute. C’est une démarche qui permet de partager ses émotions et d’obtenir de bons outils afin d’avancer à travers les différentes étapes d’un deuil. Alors n’hésitez pas à demander de l’aide si le besoin se fait sentir. 

Quelques clés utiles pour mieux vivre la période de deuil :

  • Oser demander de l’aide
  • Respecter ses limites
  • Prendre des engagements à court terme
  • Éviter de prendre de grandes décisions
  • Écouter ses besoins et ses envies
  • Rester lié aux autres
  • Ne pas chercher à plaire à tout le monde
  • Exprimer son vécu et ses émotions (écriture, ami [es])
  • Se rappeler que les premières fois sont souvent les pires

Texte : Karine Gauthier, B.A. Multidisciplinaires, Psychothérapeute
Image : Pixabay

Classé dans : Le deuil Publié par : Fédération des coopératives funéraires du Québec

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