Le deuil chez les adolescents

Vivre un deuil à 14 ou 16 ans, c'est trop souvent se buter à une certaine incompréhension chez l'entourage d'un jeune endeuillé. De fait, le deuil chez les adolescents se distingue de plusieurs façons de celui des adultes, notamment dans leurs rituels d'adieu. " Et c'est tant mieux ", soutient Nicole Morin, détentrice d'un diplôme en études de la mort. Psychologue dans un Cégep ?urant plusieurs années, elle collabore actuellement à monter des groupes d'entraide pour les adolescents. " L'important, lors d'un deuil, ce n'est pas le rite lui-même, c'est sa signification pour l'adolescent. Le rite représente le temps qu'on prend pour réaliser la perte, pour recevoir du support et saluer l'ami disparu. Peu importe le moyen qu'ils utiliseront pour vivre ces émotions, il est important de le respecter1".

Il en va de même pour tout le processus du deuil, souvent vécu différemment chez les adolescents. Déjà propices à la révolte et à l'émotivité, les adolescents qui ont perdu un proche peuvent vivre cette expérience de façon plus imprévisible. " La mort est déjà un sujet tellement tabou chez les adultes, imaginez chez les jeunes. Il y a un déni de la mort à l'adolescence ; on se sent invulnérable à cet âge. Quand arrive la mort dans leur entourage, les jeunes peuvent ressentir de la difficulté à partager leurs émotions.  Ils ont moins conscience de l'importance d'aller chercher de l'aide ".

Et ce qui vient compliquer les choses, l'adolescence est en soi une étape difficile, souvent compliquée par des conflits avec les parents. " Quand survient la mort d'un parent dans ces circonstances, le jeune se sent coupable, ce qui vient compliquer le deuil. "

On accorde parfois moins d'attention à un adolescent qui vient de perdre un parent qu'au parent qui reste. L'adolescent aura tendance à s'isoler plutôt que de partager sa douleur. D'où la fausse impression qu'il en souffre moins. " Il y a un manque de connaissance de l'adolescence, soutient Nicole Morin.  Combien de fois j'ai entendu  "Il ne s'en souviendra plus la journée de ses noces". Il y a une négation de sa douleur ". Trop souvent, on dit à l'adolescent d'être fort pour soutenir le parent qui reste. Sans savoir s'il survivra lui-même à cette dure épreuve, il se sent dans l'obligation de soutenir quelqu'un d'autre. " L'adolescent est déjà en travail de croissance physique et psychologique. On ajoute une autre pression en l'obligeant à guérir d'un deuil rapidement ".

La façon dont les adultes réagissent à la perte d'un proche a un effet majeur sur la réaction des adolescents face à la mort. Parfois, les adultes ne veulent pas en parler, présumant à tort épargner la douleur aux jeunes qui les entourent. La réalité est toutefois très simple : protégés ou non, les adolescents vivent le deuil. Voilà pourquoi il est si important de porter une grande attention à leur douleur. Si un parent en détresse n'est pas disponible, il importe pour l'entourage de prendre le relais. " Il faut le rassurer sur ses émotions, lui dire qu'il ne faut pas avoir honte d'exprimer son chagrin. En lui manifestant qu'on l'aime, on peut aussi l'aider à parler, à dire sa douleur, à verbaliser le choc qu'il ressent ".

Photo : Pixabay

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1. Voir aussi l'article Vivre le deuil à 15 ans.

Classé dans : Le deuil Publié par : La Gentiane - Deuil - Entraide

Commentaires (3)

Bonjour,
Je suis recherchiste pour l’émission jeunesse « C-Rom » diffusée par la télévision communautaire TVR9 sur canal Vox, Vallée du Richelieu. C-Rom est un magazine faisant l'étalage de toutes les ressources et activités offertes aux jeunes de 12 à 17 ans (et plus) ainsi qu'à leurs parents dans la région de la Vallée du Richelieu. Nous tentons aussi de faire connaître à notre public des jeunes se démarquant par un intérêt particulier, une activité spéciale ou une implication remarquable dans la communauté.
Les entrevues se font en présence d’une animatrice et sont d’une durée d’environ 9-10 minutes. L’émission est enregistrée les mardis avant-midi, à toutes les deux semaines, au 108 rue Provencher à Mont-Saint-Hilaire.
Le deuil chez l’adolescent nous apparaît un sujet qui serait très intéressant à aborder. Y aurait-il une personne ressource qui pourrait venir pour une entrevue à ce sujet ou avez-vous quelqu’un à nous référer?
Nos prochains enregistrements sont=
Le 3 avril et le 17 avril en avant-midi, soit à 9h30 ou 10h00 ou 10h30 ou même 11h00.
L’animatrice-recherchiste et moi-même sommes des bénévoles-recherchistes enthousiastes à la recherche de sujets allumés pour les jeunes et la population de la Vallée du Richelieu.
Merci de votre attention, n’hésitez pas à nous contacter.
Suzanne Cloutier
Recherchiste émission jeunesse CROM,
TVR9,
450-446-6200 (domicile)
http://www.tvr9.org/
Les émissions C-Rom sont également en ligne.

suzanne cloutier, 20 mars 2012

Très bon article. Néanmoins j'y cite ici une phrase qui m'interpelle selon ce que j'ai vécu et qui devrait prendre compte cela : "On accorde parfois moins d'attention à un adolescent qui vient de perdre un parent qu'au parent qui reste." A mon sens l'on accorde toujours plus d'attention au parent qui reste et ce quel que soit l'âge du descendant du défunt. De plus si ce descendant n'a pas de fratrie le deuil est d'autant plus difficile à faire.

Marie37, 9 septembre 2014

Bonjour,
Je suis étudiante au Cégep de Terrebonne en technique de travail social, et dans le cadre de mon cours en développement de la personne j'ai un travail de recherche sur le deuil à l'adolescence, mais plus précisément sur les impacts qu'il peut avoir sur l'identité et sur le concept de soi. Malgré plusieurs recherches je trouve rien de concret qui m'explique en détail les impacts. Alors je fait appel à vous pour m'aider ou me guider dans mes recherches.
Je vous remercie à l'avance et vous souhaite mes sincères salutations.
Étudiante en techniques de travail social.

Yannie Desjardins, 16 avril 2016

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